Créé il y a trois ans, le pôle de compétitivité TES (Transactions électroniques sécurisées) invente les technologies du futur de notre vie quotidienne.Imaginez que vous pouvez payer vos courses, réserver une place de cinéma et acheter un ticket de tramway avec votre seul téléphone portable, ne plus descendre de votre voiture pour prendre de l’essence, ou encore voter aux prochaines élections depuis votre ordinateur.

Ces innovations existent bien et sont testées par le pôle de compétitivité Transactions électroniques sécurisées (TES). Labélisé en 2005, ce dernier s’appuie sur le savoir-faire de 6 écoles et de leurs laboratoires de recherche-dont l’Université de Caen-Basse-Normandie, l’Ensicaen, Telecom Paris, Sophia Antipolis-et de 121 entreprises qui emploient au total 1 million de personnes. Parmi elles, des grands groupes comme NXP, France Telecom, Thales, ou encore Elitt-filiale du GIE Cartes bancaires-mais aussi une multitude de PME qui représentent 70 % des partenaires.

« Notre objectif est de réunir dans le pôle toutes les entreprises qui travaillent dans les TES », explique Pascal Baisnée, président du pôle et par ailleurs PDG de Saint Loise Softway, holding basé à Saint-Lô qui produit notamment des cartes à puce. Le pari est en passe d’être réussi, puisque plus de la moitié des sociétés viennent d’autres régions. Une capacité d’attraction qui n’a pas échappé au gouvernement, lequel a reconnu en juin TES comme l’un des 39 pôles qui ont atteint leurs objectifs. « Cela signifie que la collaboration entre les différents acteurs, en particulier entre les entreprises, fonctionne », se félicite Pascal Baisnée, qui souhaite à l’avenir délivrer un certificat de paternité aux PME qui déposent un projet dans le pôle.

Aujourd’hui, 43 projets sont lancés dans des domaines qui vont bien au-delà de la monétique. « Caen fut le berceau de la carte à puce au début des années 80 , rappelle le directeur du pôle, Daniel Lengrand. Nous nous sommes appuyés sur ce terreau pour aller plus loin. Si on sait innover sur le paiement, qui est la chose la plus protégée, on sait innover sur l’identification et l’échange sécurisé d’informations ». Ainsi, le projet FC² travaille sur l’e-citoyenneté et le vote électronique. Dans un tout autre domaine, Tempicap teste la validité clinique d’une capsule électronique qui, par ingestion, permettrait de mesurer la température dans tout le corps. « L’originalité du pôle, c’est de travailler sur la sécurisation du flux électronique quel qu’il soit, de s’assurer que la transaction arrive à bon port », explique Pascal Baisnée.

Le pôle est aussi très en pointe sur la technologie NFC, qui établit une liaison sans fil de courte portée entre un lecteur et une puce contenant des informations. Elle permet, par exemple, de capter avec son téléphone portable des informations qui figurent sur une affiche de spectacle et d’être mis en relation avec le service de réservations. C’est l’objet du projet NFC Container, porté par France Télécom. L’opérateur travaille aussi sur le projet Automatics en lien avec le pôle de compétitivité automobile Mov’eo. Il s’agit d’utiliser le NFC dans la voiture pour permettre au conducteur de prendre de l’essence ou de payer sa place de parking sans sortir de son véhicule, mais aussi d’accéder à une multitude de services, comme la vidéo à la demande. Un premier prototype est prévu pour la fin 2009. « Il faut aller vite, souligne Pascal Baisnée, car le reste du monde a les mêmes idées. »

Le pôle n’est évidemment pas le seul à s’intéresser au rôle du téléphone portable comme moyen de paiement. Au Japon notamment, cette utilisation est courante. « Mais elle ne fonctionne pas avec tous les opérateurs », précise le président du pôle. Le projet Ulysse tente ainsi d’accorder les principaux opérateurs téléphoniques et transporteurs français sur une norme d’interopérabilité afin de pouvoir charger sur son mobile tantôt un billet de bus, tantôt un billet de train, d’avion…

Dans l’anarchie du boom technologique, le pôle essaie également de mettre un peu d’ordre. « Nous sommes très sensibles aux problématiques de confidentialité et de respect de la vie privée », assure Pascal Baisnée, qui consulte régulièrement la CNIL sur les différents projets et souhaite travailler avec les associations de consommateurs.

D’ores et déjà, les futurs usagers sont impliqués dans les projets les plus avancés, avec la mise en place d’expérimentations grandeur nature. C’est le cas de « Payez mobile », premier projet en voie de commercialisation et des « Clés de la ville ». Portée par la société de Pascal Baisnée, cette innovation est testée depuis deux ans par 1 000 utilisateurs à Saint-Lô. Le principe ? Plutôt que d’accumuler les bons et les cartes de réduction, le citoyen n’a plus qu’une seule carte à puce, sur laquelle sont enregistrés tous ses droits. « On voudrait passer à 20 000 utilisateurs d’ici à l’an prochain en étoffant l’opération sur Caen et intégrer ce service dans le téléphone portable », explique le chef d’entreprise.

Au printemps 2009, ces tests vont d’ailleurs devenir systématiques avec le lancement du Normandy Living Lab. Ce label européen de laboratoire de la vie a pour objectif de tester les technologies dans leur contexte (sur une ligne de bus ou dans une station-service, par exemple). « L’idée est de montrer que ce que l’on utilisera demain est déjà là », explique Daniel Lengrand. Ces expérimentations seront également suivies par un observatoire des usages composé de sociologues et de psychologues et par un institut de l’innovation qui travaillera avec les industriels et les associations de consommateurs sur le design du produit.

En attendant les premières applications, le pôle ne manque pas d’idées. Une dizaine de projets sont en cours, comme un tapis intelligent capable de mettre en charge n’importe quel appareil ou ce miroir d’authentification…

Source : www.lepoint.fr